À lire, Les Sud-Africains

Valérie Hirsh est l'auteur du livre Les Sud-Africains

Sur chacun des ouvrages de la collection, la paume d’une main mêle lignes de vie et cartographie. Pour cet opus, c’est Monica, 36 ans, née au Cap et installée en France, qui a prêté la sienne. 
L’auteur, à chaque fois un francophone vivant sur place, est Valérie Hirsch, correspondante des journaux Le Soir, Le Temps et Ouest France, de la RTBF, RTL, TV5… Elle est par ailleurs très impliquée dans le township d’Alexandra, au sein d’une association de parrainage de lycéens, Sizanani. Interview.

Cet ouvrage apporte-t-il un éclairage nouveau sur le pays ?

Oui. En Europe, nous avons une image contrastée de l’Afrique du sud, à la fois le pays de Mandela, du miracle de la réconciliation raciale, et celui de la violence, « où les habitants vivent derrière des clôtures électriques et n’osent pas aller à pied dans la rue ». J’ai voulu montrer un autre visage, d’un pays bouillonnant d’initiatives, de créativité artistique, où, par exemple, les jeunes de toutes origines réinvestissent les centres-ville pour créer de nouveaux espaces de rencontre autour d’une identité commune, et faire du mythe de la nation « arc-en-ciel » une réalité. Je n’ai pas cherché à édulcorer la situation car les problèmes – la mauvaise gestion politique, la corruption – sont nombreux. Mais l’Afrique du Sud ne se résume pas à cela.

Dans le bidonville de Cato Manor, à Durban
Dans le bidonville de Cato Manor, à Durban

Quel est son objectif ?

J’ai souhaité présenter la mutation vécue depuis 1994. Le livre évoque quatre problématiques : l’évolution des identités raciales, les inégalités sociales parmi les plus élevées au monde, la violence et les relations avec le reste du continent. Parmi les portraits, nous retrouvons l’écrivain Niq Mhlongo, qui écrit sur l’évolution des jeunes noirs après l’apartheid, un comédien métis, des réalisateurs de cinéma afrikaners, Ela Gandhi, la petite-fille du Mahatma…

Nkhensani Nkozi, la fondatrice de la ligne de mode Stoned Cherrie
Nkhensani Nkozi, la fondatrice de la ligne de mode Stoned Cherrie

Quel personne vous a le plus touchée ?

Albert Brown, un pasteur de Manenberg, un quartier métis du Cap contrôlé par les trafiquants de drogue. Cet homme de 54 ans, très jovial, aide les jeunes à sortir des gangs qui s’entretuent. Ancien footballeur, très costaud, il m’a expliqué qu’il avait été lui-même membre d’un gang à 19 ans. Quand je lui ai demandé s’il avait tué des gens, les larmes lui sont montées aux yeux. Il m’a confié que la nuit, les rues de Manenberg étaient pleines d’insomniaques, taraudés par les crimes qu’ils ont commis…

Quel portrait est le plus emblématique de l'Afrique du Sud de 2015 ?

Difficile de choisir, car les Sud-Africains sont une collection de peuples d’origines différentes ! Dans la jeune génération, on observe des similitudes : ils ont tous grandi sous l’apartheid, dans des quartiers et des écoles séparées. C’est à l’université qu’ils ont commencé à côtoyer des gens d’autres origines et à se faire des amis. Ils se sont aussi mis à voyager. Le changement a été rapide et profond. Ils incarnent une symbiose, plutôt réussie, entre les valeurs traditionnelles et celles de la société cosmopolite dans laquelle ils évoluent aujourd’hui. S’il y a parfois des tensions, ils semblent plutôt bien les gérer. Le jeune acteur de cinéma afrikaner semble le moins intégré dans cette nouvelle Afrique du Sud multiraciale. Tous ses amis sont blancs. Il a visité Soweto en tour organisé, parce qu’il avait peur d’y aller seul. Étonné par l’accueil chaleureux, il y est retourné. Au moins, on sent une ouverture d’esprit qui n’existait pas avant dans sa communauté.

Un livre à emporter dans ses bagages ?

Les guides touristiques ne permettent pas d’appréhender la réalité humaine dans toute sa complexité. Je pense que cette collection offre aux voyageurs un éclairage plus subjectif et parfois plus riche du pays qu’ils vont visiter.

Les Sud-Africains, de Valérie Hirsh, Ateliers Henry Dougier, 12 €