L’art ndebele

L’art ndebele, une histoire de femmes

Les Ndebele ont résisté aux persécutions et aux déportations en se forgeant une culture forte. Ils ont su conserver leurs traditions, et ils continuent à faire vivre leur art : peintures géométriques au couleurs vives sur les murs d’enceinte englobant les habitations appelés umuzi (ensemble clos) ; tissage des perles pour des parures, des ceintures ou des poupées.
Dans le Mpumalanga, au nord-est de Johannesburg, les villages de Botshabelo, près de Middleburg, et de Loopspruit sont de véritables musées à ciel ouvert.
L'art ndebele est une histoire de femmes, qui remonte au XVIIIe siècle… Si les hommes construisent les cases coiffées de chaume, seules les femmes sont habilitées à en habiller les façades. Elles s’entraînent dès l’enfance sur des maisons miniatures. Prétendre tracer une ligne droite à main levée sans trembler requiert un an et demi de travail ! L’abstraction est de rigueur.

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Inspirées au départ de thèmes liés au rêve, ces œuvres sont aujourd’hui dénuées de significations particulières. Chaque femme puise dans son inspiration personnelle.
Le mélange de cendres et d’eau a été remplacé par du blanc de chaux ou de la peinture acrylique ; les bleus, jaunes, verts et rouges se sont ajoutés aux ocres, bruns et noirs, ces teintes fournies par la nature. Des motifs assortis sont choisis pour la case et l’enclos, empruntant parfois au travail des perles, et réciproquement. Pour des grandes occasions, comme l’ukwendisa amasokana (le retour des initiés), les mères de ces adolescents devenus hommes se lancent dans une exécution spéciale.

Deux ambassadrices, Francina Ndimande et Esther Mahlangu

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Deux femmes ndebele ont acquis une réputation mondiale, ambassadrices de leur culture à travers le globe : Francina Ndimande et Esther Mahlangu, qui a exposé au centre Georges-Pompidou à Paris, à la Dokumenta de Kassel (Allemagne) et à Washington (États-Unis). Esther Mahlangu a notamment décoré façon Ndebele une BMW en 1991, la carlingue d’un avion de la British Airways en 1997 et une Fiat 500 en 2007.

L’art ndebele hors des frontières

Ce motif mural géométrique, très abstrait, inspire les artistes contemporains. Parmi eux, le Français Bertrand Lavier, qui le revisite à la fondation Van Gogh, en Arles (Bouches-du-Rhône), jusqu’au 17 mai 2015.

Bertrand Lavier et l'art ndebele

En 1995, à la biennale d’art contemporain de Johannesburg, Afrikus, les œuvres d’Esther Mahlangu était conjuguées à celles de Bertrand Lavier. En 2008, le plasticien réalisa une céramique murale inspirée des peintures de la créatrice ndebele. En 20141-2015, il présente un nouveau tableau inspiré de ce patrimoine africain à la fondation Van Gogh d’Arles, dans le cadre de son exposition « L’affaire tournesols », un clin d’œil aux célèbres fleurs jaunes de Van Gogh et au compagnon d’aventure de Tintin.
Sa toile s’appelle tout simplement Ndebele. Sur cette acrylique sur impression jet d’encre où dominent le vert et le violet, on peut reconnaître la silhouette décalée d’une lame de rasoir Gillette. Surtout, on y retrouve la touche Van Gogh de Bertrand Lavier, développée depuis 1980 : une intense trace pâteuse recouvrant le dessin.
Dans la salle d’exposition, un ancien appartement du XIXe siècle, la mise en scène parie sur le contraste en associant un piano, symbole de la culture bourgeoise occidentale (en version rock grâce au génial coup de brosse de l’artiste) à cette fresque sud-africaine. À voir si vous passer en Arles.

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Bertrand Lavier « L'affaire tournesols »
du 20 septembre 2014 au 17 mai 2015
Fondation Vincent Vang Gogh d’Arles, 35 ter rue du Docteur-Fanton, Arles, Tél. : 04 90 93 08 08
Ouvert du mardi à dimanche de 11h à 18h. Tarif plein : 9 €.