Le CBD, cœur de Joburg

Prononcez CiBiDi mais comprenez Central Business District, le noyau financier et commercial de Johannesbourg. Le tracé de ses rues au cordeau et la forêt de ses gratte-ciel sont facilement reconnaissables. Depuis les années 1880 et l'établissement du camp de mineurs aux origines de Johannesbourg, nous vous proposons une petite histoire de eGoli, la "ville de l’Or" à travers le patrimoine architectural de son CBD.

Johannesbourg vue du haut

Quoi de plus efficace que de prendre de la hauteur lorsqu’une situation vous inquiète ? Johannesbourg traîne trop sa mauvaise réputation pour que l’on puisse l’aborder de plain-pied sans appréhension.
Une visite idéale du centre-ville commencerait au 50e étage du Carlton Center.
Depuis cet ancien hôtel de grand standing des années 70, aujourd’hui occupé par une galerie marchande digne de Sandton et de nombreux bureaux dans les étages, Johannesbourg s’offre à vous, à 360°.
Et au-delà des rues tracées à angles droits par le géomètre Johann Rissik dès 1886, c’est le grand Jo’burg qui s’éparpille dans toutes les directions jusqu’aux confins du Gauteng que l’on devine.
Il fait (souvent) un temps magnifique et vous profiterez de perspectives fascinantes : les volumes se découpent avec arrogance, chacun brandissant son style et sa manière ! Après avoir lu les grandes lignes qui s’enfuient sous vos yeux, vous aspirerez à descendre parcourir les rues environnantes. Car vous êtes au cœur historique de Jozy – surnom affectueux donné à Johannesbourg – et quelle histoire !

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Une histoire de Jo'burg

La fondation de Johannesbourg

Quelles histoires, à vrai dire. Les premiers camps de mineurs, dont Marshalltown ou Ferreirasdorp, s’installent en 1886, après la découverte en début d’année d’un nouveau filon d'or dans le Witwatersrand. Signalé au gouvernement de la ZAR, la jeune Zuid Afrikaansche Republiek, installé à Pretoria, Paul Kruger officialise la prospection le 20 septembre de cette même année. Johannesburg est née et sitôt elle est gigantesque.
Les trois immenses propriétés rurales de Braamfontein, Dornfontein et Turffontein laissent un triangle de terres infertiles sur lesquelles sont tracées les premières rues bordées de tin-clad houses, ses maisons de briques séchées revêtues de tôle pour se protéger des pluies dévastatrices.
Bientôt, dans le plus pur style edwardien, les bâtiments officiels – banque, poste, gare, bourse du commerce – bordent les allées terreuses. Le train charriant le charbon des régions est à partir de 1890 rallie Le Cap dès 1894.

La seconde guerre anglo-boer (1899-1902)

Le conflit interrompt brutalement la croissance frénétique de la ville. Il subsiste ça et là, de ces petites constructions à étage unique, souvent bordées d’une galerie à colonnettes de fonte et de lambrequins en fer peint, qui abritaient les tavernes, les auberges, des chambres à louer.

La période Art Déco des années 30

La grande Dépression de 1929 touche durement l’Afrique du Sud en 1932. L’abandon du Golden Standard en décembre revalorise le cours de l’or de +45% et entraîne une dynamique immobilière sans précédent.
En 1936, Johannesburg fête son Jubilee en grandes pompes. Il en résulte un abondant patrimoine Art Déco méconnu et remarquable : le Barbican Building, fraîchement restauré (1929-1932), Astor Mansion à l’angle de Jeppe et Von Brandis (1931), Anstey’s tower (1935-37), His Majesty’s theater (1937-1945) et bien d’autres sur Pitchard et Eloff Street, l’artère des grands magasins chics.

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Toujours plus haut

En 1946, la Ville supprime toute limite de hauteur. Et jusqu’en 1965, le nombre de logements grimpe de 250% ! Le style International porté par l’architecture de Le Corbusier inspire le « Transval Group », dont le chef de file est l’architecte Martienssen.

Des années 60 à 2015

Dans les années 60-70, la silhouette de la ville se transforme radicalement à Braamfontein, sur les collines de Hillbrow, quartier très prisé depuis les premiers estates de 1895, à l’écart de la pollution des exploitations minières au sud-ouest.
Aujourd’hui ces quartiers vivent des transformations plus ou moins radicales, mais incontestablement, la ville poursuit ses mutations polymorphes.
Le tissu urbain du CBD, résultat du tracé initial, volontairement dense pour augmenter le nombre de croisements et valoriser en nombre les parcelles d’angles, commercialement attractives, n’a pas évolué, pris par le temps et ces compétitions architecturales qui jalonnent le XXe siècle à eGoli. Essayez avec un guide de parcourir ces rues resserrées, étouffées mais fascinantes.

© photo principale : Aurélia Dioré © photos article : Aurélia Dioré