Dans les pas de Gandhi

En 2014, cela fait exactement 100 ans que Gandhi a quitté l’Afrique du Sud. 
Arrivé en 1893, à l’âge de 24 ans, le jeune avocat Mohandas Karamchand Gandhi restera 21 ans sur le continent noir, jusqu’en 1914. Il y a développé son concept de résistance passive, la satyagraha, pouvoir de vérité en sanscrit, qui continue à inspirer les militants des droits civiques à travers la planète, et a permis à l’Inde de se libérer des lois coloniales britanniques en 1947.

Un nouvel itinéraire autour de quatorze lieux marquants du séjour de Gandhi en Afrique du Sud vient d’être balisé cet automne par l’office du tourisme. « L’Afrique du Sud a transformé la vie de Gandhi. Les gens viennent sur ces sites pour l’inspiration, et écouter des histoires au sujet de la paix, de l’amour et de l’unité, qui demeurent des thèmes très actuels dans le monde entier, tout comme ils l’étaient à l’époque où Gandhi parcourait le monde », a déclaré Ela Gandhi, petite-fille du Mahatma. Née en Afrique du Sud, membre du Parlement de 1994 à 2004, celle-ci poursuit le combat de son grand-père pour la paix, après avoir milité contre l’apartheid, une lutte au cours de laquelle l’un de ses fils a perdu la vie.

Durban

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Dr Yusuf Dadoo Street (1). C’est la première adresse de Gandhi, à son arrivée en 1893. La rue porte désormais le nom d’un militant anti-apartheid dont il avait défendu le père, Indien, que la ville de Krugersdorp cherchait à expulser de son magasin pour raisons raciales.
Old Court House Museum (2). La première fois que Gandhi pénétra dans ce tribunal, un magistrat lui demanda de retirer son turban. Le jeune avocat refusa et l’incident fuût relaté dans la presse locale, The Natal Advertiser. Le bâtiment de 1866 abrite désormais un petit musée où sont exposées, entre autres, des photos d’archives.
Gandhi Road (3). L’ex-Point Road a été rebaptisée en son honneur en 2008.
Visites guidées de Durban dans les pas de Gandhi (4). Elles sont organisées par l’office de tourisme, rens. 27 (0) 31 322 41 73.

Spioenkop

Le champ de bataille (5). Gandhi y servit comme brancardier volontaire lors de la sanglante bataille des 23 et 24 janvier 1900, durant la Seconde Guerre des Boers (1899-1902). Deux autres célébrités en devenir se trouvaient sur ce site, où un sentier de visite a été aménagé, surplombé par les montagnes du Drakensberg : Winston Churchill, alors correspondant de guerre, et Louis Botha, futur premier ministre.

Ladysmith

Sa statue (6). Face à un temple dédié à Vishnu, elle le représente dans sa posture traditionnelle, en train de marcher, avec ses petites lunettes rondes, son dhoti et une main levée en signe de paix…

Pietermaritzburg

La gare (7). Une plaque commémore l’incident durant lequel Gandhi fut éjecté du train, le 7 juin 1893, à la suite des protestations d’un passager. Il avait le bon billet, mais pas la couleur de peau requise pour la première classe. La nuit qu’il passa sur un banc de la salle d’attente, au cœur de l’hiver austral, fut déterminante pour son combat contre la discrimination raciale.
Sa statue (8). Édifié dans Church Street, ce monument en bronze représente Gandhi marchant vêtu de son dhoti, un bâton à la main. Il fut inauguré par Desmond Tutu en 1993, pile cent ans après l’épisode de l’éviction du wagon.

Inanda

Sa maison à Phoenix (9). C’est dans la vallée d’Inanda, à 20 kilomètres au nord de Durban, que Gandhi créa son premier ashram, en 1904, où il vécut dix ans. Brûlée en 1985 sous l’apartheid, lors d’émeutes, une partie des bâtiments a été reconstruite à l’identique en 2000 et transformée en musée. Juste à côté de son cottage, Sarvodaya, se trouve l’imprimerie de l’Indian Opinion, son journal dont son fils, le père d’Ela, Manilal, s’est occupé de longues années. Gandhi avait pour voisin John Dube, premier président de l’ANC et fondateur de la première école noire – où vota symboliquement Nelson Mandela en 1994, aux premières élections démocratiques. L’école primaire porte le nom de Kasturba Gandhi, la femme du Mahatma, privée d’éducation alors qu’elle aurait tant aimé pouvoir aller en classe…

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À Pietermaritzburg, la statue de Gandhi a été inaugurée par Desmond Tutu.

Johannesburg

La mosquée Hamidia, Jennings Street, quartier de Fordsburg (10). Au pied de la façade, un énorme chaudron d’où sort le mot « vérité ». Cette sculpture contemporaine rappelle celui dans lequel, le 16 août 1908, la foule brûla 2000 pass, imposés aux non blancs pour avoir le droit de circuler. Gandhi menait la manifestation. Cette œuvre a été réalisée par l’artiste sud-africaine Usha Seejarim, d’origine indienne, auteur du portrait de Nelson Mandela lors de ses funérailles à Qunu, en 2013.
Old Fort, à Constitution Hill, quartier de Braamfontein (11). Gandhi y fut emprisonné deux mois en 1908. Son crime : avoir refusé de donner ses empreintes digitales pour le pass réservé aux personnes de couleur. Une exposition lui est consacrée ainsi qu’à un autre prisonnier politique nommé… Nelson Mandela.
Satyagraha House, Pine Road, quartier d’Orchards (12). Gandhi et son ami allemand Hermann Kallenbach, architecte, qui a construit cette maison inspirée d’une ferme traditionnelle africaine, ont vécu là de 1908 à 1909. Un petit musée expose des traces de leur correspondance, des photos, des tracts… Cette superbe maison d’hôtes a été racheté par le groupe Voyageurs du monde en 2009.

La Satyagraha House, située dans le quartier résidentiel d’Orchards à Johannesburg, a hébergé Mohandas Gandhi.
La Satyagraha House, située dans le quartier d’Orchards à Johannesburg, a hébergé Mohandas Gandhi.

Centurion (près de Pretoria)

Smuts House Museum (13). Gandhi et Jan Smuts s’y sont rencontrés plusieurs fois, entre 1907 et 1914, dans une relation d’adversité empreinte de respect. La maison de l’ancien premier ministre, mort en 1950, est devenue un musée et un salon de thé. Gandhi lui avait offert des sandales confectionnées par sa communauté, à Phoenix. « Je les ai portées durant bien des étés, même si je me crois indigne de porter les chaussures d’un si grand homme, » écrivit par la suite Jan Smuts.

Cradock

La maison d’Olive Schreiner, en plein Karoo (14). Cette intellectuelle militante serra la main de Gandhi, au Cap, un geste alors osé commenté dans les journaux. Devenus amis par l’intermédiaire de Hermann Kallenbach, ils se virent occasionnellement à Londres en 1914. Tous deux partageaient la même vision d’un monde sans violence.

Sur les traces de Gandhi
Plus d'informations sur les 14 étapes de ce nouveau circuit sur le site Gandhi in South Africa.

© photo principale : Office de tourisme d'Afrique du Sud © autres photos : Office de tourisme d'Afrique du Sud