Rhinocéros en danger

L’Afrique du Sud abrite 80% des rhinocéros de la planète. Mais ceux-ci sont en danger, traqués par les braconniers. La ministre de l’Environnement a lancé un cri d’alarme fin août.

Nombre de tués en hausse depuis 2007

Série noire pour les rhinos dans la brousse. Ces huit premiers mois de l’année 2015, 749 animaux ont été tués par des braconniers, contre 716 en 2014 à la même période. Parmi eux, 544 ont été abattus dans le seul parc Kruger, territoire il est vrai grand comme la Belgique. « On ne peut pas y marcher deux kilomètres sans en voir un », souligne la ministre de l’Environnement, Edna Molewa, qui a (de nouveau) tiré la sonnette d’alarme fin août, lors d’une conférence de presse à Pretoria. Le chiffre ne cesse d’augmenter, et il est peut-être sous-estimé, sachant que certaines carcasses ne sont jamais retrouvées : 1215 bêtes abattues en 2014, 1004 en 2013, 668 en 2012, 448 en 2011, 333 en 2010, 122 en 2009, 83 en 2008, 13 en 2007...

Brigade canine et lunettes infrarouges

Rangers, douaniers et militaires sont déployés dans les zones sensibles, armés de lunettes infra-rouges. Une brigade canine, composée de bientôt quarante chiens, principalement des bergers malinois, est entraînée quotidiennement pour courir aux trousses des braconniers. Bonne nouvelle : le nombre d’arrestations a lui aussi augmenté, dans la région du Kruger, « de 138 cette année contre 81 en 2014 la même année », a annoncé Asnie Venter, procureur du tribunal de Skukuza, « capitale » du parc. La plupart d’entre eux viennent du Mozambique, frontalier, principal pays de transit des cornes de rhinocéros avant de quitter l’Afrique.

Cornes revendues à prix d’or

Les cornes sont achetées 55 000 euros le kilo en Chine et en Asie du Sud-Est, principalement au Vietnam, pour leurs supposées vertus prônées par la médecine traditionnelle, un rôle de talisman et le statut social qu’elles symbolisent. Une fortune pour de la kératine semblable à nos ongles…

Une espèce menacée

L’Afrique du Sud compte environ 20 000 spécimens, soit 80 % de la population mondiale. Des experts prédisent la disparition de l’herbivore à l’état sauvage dès 2026. Fin 2012, l’Afrique du Sud a signé avec le Vietnam et la Chine un protocole d’entente pour lutter contre ce trafic, tandis qu’un processus était engagé avec la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et Hong Kong.
Le WWF (World Wild Fund, Fonds mondial pour la nature) avance trois pistes : le renforcement des zones protégées en Afrique et en Asie (où se trouvent les 5% restants de cette population), la lutte contre le commerce illégal du bois menaçant leur habitat, et le blocage du commerce illégal des cornes. Plus d’infos sur le site de WWF.

Pour combien de temps pourrons-nous admirer cet animal menacé ?
Pour combien de temps pourrons-nous admirer cet animal menacé ?

Réflexion autour d’une légalisation de la vente

Le commerce de cornes est interdit depuis 1977 par la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées). Le gouvernement sud-africain serait favorable à une légalisation de sa vente, de façon contrôlée, comme pour les diamants, afin d’évincer les trafiquants. Sachant toutefois que ces réseaux sont particulièrement puissants…
L’éleveur sud-africain privé, John Hume, est pour. Selon la vétérinaire qui intervient dans sa ferme, « couper une corne, c’est comme couper un ongle. Si on ne touche pas à la base, qui fait 8 centimètres de haut, c’est indolore et cela n’a pas d’impact sur le comportement de l’animal. La corne repousse et, après deux ans, il faut la couper de nouveau ». John Hume possède ainsi 4,5 tonnes de cornes, coupées à la tronçonneuse après que l’animal ait été endormi, cachées dans des coffres bancaires en attendant d’être autorisés à les vendre, d’après le reportage paru, fin août, dans Ouest France, signé Valérie Hirsch (interviewée sur ce blog pour son livre Les Sud-Africains en mars dernier).

 

Pour admirer cet animal dans les réserves où il est protégé : Les plus beaux safaris en Afrique du Sud
© photo principale et photo de l'article : South Africa Tourism Office