Troopship tragedy, doc lucide et subtil

En février 1917, un navire de transport de troupes sud-africain avec à son bord plus de 600 volontaires venus apporter leur soutien logistique aux Anglais, fait naufrage dans la Manche. Le documentaire Troopship tragedy relate ces faits et nous invite surtout à mieux connaître aujourd’hui une part de la culture des Xhosas ayant dû faire face à la perte incompréhensible de leurs ancêtres lors de ce naufrage. De 1917 à 2017, itinéraire d’un navire du fond des mers, du Cap jusqu’à l’Europe.

1917 : un tragique naufrage

Nous sommes en 1917 et la guerre fait rage partout dans le monde. L’Union de l’Afrique du Sud est étroitement liée aux Britanniques et aux Alliés pour faire face à l’Empire allemand.

C’est ainsi que, le 16 janvier 1917, le navire de transport de troupes SS Mendi quitte le port du Cap pour faire route jusqu’au Havre, avec à son bord 805 volontaires noirs, 5 officiers blancs, 17 sous-officiers et 33 membres d’équipage. Or, le Mendi n’arrivera jamais à bon port.

La nuit du 21 février 1917, alors que la Manche est plongée dans un brouillard épais, réduisant la visibilité à moins d’un mètre, un navire de la marine anglaise entre en collision avec le Mendi. Puis il poursuit sa route, tandis que le Mendi sombre, en 20 minutes. Le navire anglais n’avait pas émis de signal permettant aux autres navires de faire connaître sa position, dans un souci de stratégie militaire. Parmi les 805 volontaires à bord du Mendi, plus de 600 ont péri, ne sachant pas nager et n’ayant même jamais vu la mer avant. La plupart des corps n’ont jamais été retrouvés.

2017 : une quête lumineuse

Aujourd’hui, en Afrique du Sud, Zwai, un jeune homme d’origine Xhosa décide de partir dans une incroyable quête : ramener les os de ses ancêtres disparus un siècle plus tôt, pour pouvoir les enterrer dignement et laisser leur âme rester en paix, selon la croyance xhosa.

Son périple le fera passer par la Grande-Bretagne, la Belgique, la France et les Pays-Bas. Partout, il se rend dans des cimetières militaires, en quête de la moindre trace de ses ancêtres. Il est alors choqué par l’alignement de ces croix blanches et froides, sans nom, sans âme, censées immortaliser les défunts.

Il rencontre des historiens, des spécialistes de la Première Guerre mondiale, et réalise combien d’hommes ont péri, et combien il est difficile en temps de guerre, de rapatrier les corps des victimes près des leurs, voire même de les identifier.

Mais Zwai ne se décourage pas pour autant. Il se rend sur les lieux du naufrage, dans la Manche, au sud de l’île de Wight, où des plongeurs avaient déjà effectué des recherches, ne retrouvant que les restes de l’épave. Zwai immerge un bâton-totem qu’il a activé selon un rituel ancestral xhosa, afin d’appeler l’âme de ses ancêtres, les récupérer et les ramener sur leur terre d’origine. Il apaisera ainsi l’âme des morts et mettra fin à leur colère.

Ce que Zwai a appris, nous le savons déjà : l’horreur de cette guerre, les pertes humaines considérables et ces cimetières militaires commémoratifs. Ce que nous apprenons : les croyances d’un peuple vivant à plus de 10 000 kilomètres de la tragédie et l’importance d’enterrer leurs défunts pour mettre fin à des colères, voire à des malédictions.

Si Zwai était loin de notre réalité, nous étions aussi loin de la sienne. Ce documentaire nous permet au moins de nous retrouver sur un point : le respect de la culture de chacun ouvre les portes de l’intercompréhension. Merci à Marion Edmunds pour ce documentaire lucide et subtil.

 

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photo principale : Marion Edmunds la réalisatrice sur les lieux du tournage © Marion Edmunds