Une expérience de bénévolat pour la protection des oiseaux

Les parcs nationaux sud-africains Sanpark et le programme Pelican Watch se sont associés pour développer un programme de protection de certaines espèces d’oiseaux sur deux îles inhabitées de la Côte Ouest, près de Langebaan : Malgas Island et Jutten Island, lieux de prédilection des Cormorans du Cap (Cape cormorants), Cormorans couronnés (Crowned cormorants)  et Fous de Bassan du Cap (Cape gannet)* qui viennent y faire leur nid. Et qui se font malmener par les pélicans avides du bon goût de leurs nouveaux nés…

Le programme

La mission consiste à envoyer des équipes de 3 ou 4 bénévoles sur ces deux îles pour des sessions de 5 jours, entre début octobre et fin décembre, période de nidification et de pondaison des oiseaux, afin de protéger les oiseaux, mais aussi pour relever des données.

Chaque groupe débarque sur une des îles, apportant suffisamment de vivres et d’eau potable pour la durée du séjour, en prévoyant cependant quelques extras, car en cas de mer démontée, il est possible de rester un ou deux jours de plus. J’ai pris part à cette aventure et suis partie sur l’île de Jutten.

Sur place

Arrivés sur l’île et une fois le relais avec l’équipe précédente effectué, il nous faut repérer les lieux et identifier les différentes espèces présentes. Ces îles étant auparavant destinées à la récolte de guano - fertilisant très recherché au début du XXe siècle -, la présence de bâtiments d’habitation très rudimentaires et de granges à guano abandonnées en l’état depuis les années 60 donne l’ambiance. L’odeur surprend, mais est bien plus supportable que ce qu’on imaginait.

Il n’y a pas d’eau courante et seul un panneau solaire permet une alimentation électrique basique. Après l’installation très brève dans nos pénates, l’équipe prend tout son matériel (bâtons surmontés de drapeaux pour faire fuir les mouettes en furie), sac à dos et radios, puis chaque membre de l’équipe prend une aire de surveillance. Mine de rien, cette île est assez grande si l’on doit aller d’un bout à l’autre.

Au niveau de la bande son : des décibels constants de cris de mouettes, hystériques à la vue de ces humains qui marchent au milieu de leurs nids. Il y a des petits partout, des nids, des œufs et des règlements de compte sanglants entre familles de mouettes… C’est assez perturbant, le premier jour. Puis on s’habitue aux disputes et aux carnages fréquents.

Une fois passé le champ de bataille, il s’agit de ne pas effrayer les colonies de cormorans installées le long de la côte ou sur les collines rocailleuses. Il semble même que certains d’entre eux nous connaissent, car notre présence ne les dérange guère.

Il y a deux collines, dont la plus haute (Big Hill) est le point de vue idéal pour superviser toute l’île. Chaque membre de l’équipe aura droit à sa session matinale (5h30) en haut de la colline.

La mission

Chausser les jumelles et scruter ciel, horizon et colonies de cormorans, afin de repérer d’éventuels pélicans affamés. Quand l’un d’entre eux se pose sur l’île, on lance une opération « chasse pacifiste au pélican » : on guide par radio celui de l’équipe qui est le plus proche et qui le fera fuir avant qu’il ne dévore les cormorans.

Il nous faut aussi noter le nombre de pélicans qui survolent l’île, qui atterrissent, qui décollent, ainsi que l’heure de leurs manœuvres et le nombre de victimes à déplorer quand il y en a. Il nous faut aussi compter les nids des cormorans, les œufs éventrés et… les cadavres. Ils ne manquent pas, car même les mouettes font festin des petits cormorans, quand elles ne mangent les petits de leurs congénères… Les phoques sont eux aussi d’éventuels prédateurs, malgré leur attitude placide, à se faire bronzer au soleil sur les rochers. Il nous faut jeter un œil sur eux, pour ne pas qu’ils approchent trop près des cormorans.

Quant aux pingouins, ils sont occupés à cette période de l’année à muer : leurs plumes abîmées par le sel, les frottements, devenues perméables laisseront place à de nouvelles plumes bien lisses pour mieux nager dans les eaux fraîches de l’océan. Les pies huîtrières (Oystercatchers) avec leur bec rouge, les oies égyptiennes et les Turnstones ont aussi leur part du spectacle.

Quand les pélicans se font rares, tous ces autres animaux nous tiennent éveillés pour notre plus grand bonheur et privilège d’être si proches d’eux, dans leur élément naturel. C’est une expérience inoubliable, malgré le rythme intense, les conditions rudimentaires d’habitation, la chaleur, le soleil, le vent, parfois le brouillard et… le guano. Mais c’est sûr, l’année prochaine, j’y retourne !

 

Plus d’informations sur la page Facebook : Pelican Watch
© Photo principale et photos de l'article : Magali Justice